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Jérusalem : l’Eglise de toutes les Nations

par Myriam Ambroselli

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, instaurée il y a tout juste cent ans grâce à l’initiative d’un anglican et d’un catholique, a lieu dans le monde entier du 18 janvier (fête de la Chaire de Pierre) au 25 janvier (fête de la conversion de Saint Paul). Mais Jérusalem est toujours l’exception ! Pour des raisons de compatibilité entre les calendriers grégorien (Eglises d’Occident) et julien (Eglises orthodoxes), la ville Sainte célèbre ce rendez-vous durant la dernière semaine pleine du mois de janvier, cette année du 24 au 31 janvier. Et dans une ville, où la diversité des Eglises est si bien représentée, cette semaine de prière devient un pèlerinage oecuménique qui va du Saint-Sépulcre à l’église grecque catholique de l’Annonciation en passant par la cathédrale anglicane Saint-Georges, l’église du Patriarcat latin, l’église luthérienne du Rédempteur, la cathédrale arménienne Saint-Jacques, le Cénacle, l’église copte orthodoxe Saint-Antoine, l’église éthiopienne orthodoxe. Neuf célébrations dans neuf Eglises de rites distincts : l’octave de l’unité prend, ici, tous son sens.

Ce jour-là, mercredi 27 janvier 2009, une foule de chrétiens venue de Jérusalem et des environs hâte le pas vers la cathédrale Saint Jacques dans le quartier arménien de la vieille ville de Jérusalem pour un événement à ne pas manquer. L’église du 12ème siècle, immense et remplie, magnifiée de toutes ces lumières et ornements, ouvre ses bras sans distinction à tous les chrétiens : anglicans, luthériens, catholiques, coptes orthodoxes, éthiopiens, grecs catholiques, syriaques, … tous sont au rendez-vous. Tous, chrétiens, sont réunis ensemble pour prier, dans le cadre de l’un des offices qui ponctue la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le spectacle est haut en couleurs. Moines orthodoxes, frères franciscains, bénédictines d’Abou Gosh, petites sÅ“urs de Jésus, religieuses orthodoxes, prêtres, pasteurs … mais aussi de nombreux laïques se pressent pour rentrer et se placer convenablement afin de suivre un office liturgique auquel on assiste debout.

Cette année, la cérémonie s’ouvre par un hommage du Patriarche arménien Torkom II Manougian au père Michael Sellors, « un homme de Paix et d’unité » décédé quelques jours plus tôt. Le Patriarche salue la mémoire de celui qui fut doyen de la cathédrale anglicane Saint Georges de Jérusalem et qui fut à l’origine du Comité inter-Eglises de Jérusalem (Inter-Church Committee JICC), un organisme justement dédié à l’unité des chrétiens célébrée en cette fin janvier. L’office liturgique peut commencer.

Le "Notre-Père" : prière de l’unité
La prière commence comme elle se terminera, par un Notre Père - le premier en anglais, le dernier en arménien - la prière par excellence de tous les chrétiens. Le « Notre Père », qui ne fut pas sujet aux aléas des traditions et des rites, est tiré de l’Evangile. C’est la prière que le Christ a donné à ses disciples lorsqu’ils lui demandèrent de leur enseigner à prier. En dépit des divergences mais aussi quelquefois des tensions qui existent entre les Eglises chrétiennes, notamment entre arméniens et orthodoxes, l’office donne à respirer l’harmonie et le respect. On se retrouve dans l’unité c’est-à-dire autour de ce que l’on peut partager : la cérémonie orchestre des lectures bibliques de l’Ancien Testament et de l’Evangile en alternance avec des litanies et des hymnes chantés avec solennité et puissance par le chÅ“ur des séminaristes arméniens. Les lectures sont en anglais, en arabe, en syriaque ou encore en amharic, langue de l’Eglise éthiopienne. C’est le véritable melting-pot confessionnel mais aussi culturel : l’Eglise de toutes les Nations.

Cette année, qui marque le centenaire de la conférence missionnaire d’Edimbourg de 1910 instituant cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens et constituant le point de départ du mouvement Å“cuménique contemporain, les chrétiens sont plus spécifiquement invités à considérer le lien inséparable qui existe entre l’unité et la mission, notamment à travers le chapitre 24 de l’Evangile de Luc. « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera au troisième jour, et on prêchera en son Nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins » (Luc 24, 47-48).

Le "baiser de paix"
Dans la cathédrale Saint Jacques, l’homélie faite en anglais par le père arménien Samuel Aghoyan, rappelle que depuis les premiers temps bibliques, Dieu a choisi des hommes pour être les témoins de ses promesses et qu’être témoin est la mission de toutes les Eglises et de chaque chrétien. Après l’homélie, c’est l’apogée de la rencontre : l’échange du « baiser de paix ». Les représentants des différentes Eglises donnent des poignées de main chaleureuses à foule des fidèles au rythme des litanies et des hymnes entonnés avec force par le chÅ“ur arménien. Et, à la suite du dernier Notre Père, les Chefs d’Eglises donnent, chacun à leur tour, leur bénédiction ponctuée par les « amen » fervents de l’assemblée.

A la fin de l’office, impossible de se séparer sans boire le verre de l’amitié et partager quelques douceurs ! Dans les bâtiments du séminaire arménien, tous les participants devisent chaleureusement en dépit parfois de la barrière de la langue des uns et des autres. Quant aux religieux, dont les habits sont désormais en pleine lumière, ils apparaissent plus différents que les autres. Ici et maintenant, l’Eglise de Jérusalem se montre dans toute la splendeur de sa diversité, rassemblée dans l’unité.

vendredi 29 janvier 2010

 


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