En France, le débat contre le travail dominical réunit, côte à côte, des chrétiens pratiquants mais aussi des syndicalistes athées. En Israël, le travail durant le shabbat, qui n’est autre que l’ancêtre du dimanche, suscite à Jérusalem une récente passe d’armes entre des groupuscules juifs ultra-orthodoxes et l’entreprise Intel.
Pour les premiers, le repos du shabbat est un principe sacro-saint que rien ne peut entamer, surtout dans la ville sainte. Or le géant de l’informatique, qui est aussi le premier employeur privé du pays, a ouvert un site le 15 novembre à Jérusalem, près de deux ans après y avoir fermé sa première unité de fabrication créée en Israël en 1985.
Or cette première usine a toujours fonctionné le shabbat, Intel ne fermant ses usines que le jour de Yom Kippour. Mieux, lorsque cette usine obsolète avait fermé fin 2007, le maire de la capitale, Ouri Loupoliansky, lui-même ultra-orthodoxe, avait reproché aux dirigeants d’Intel d’abandonner Jérusalem -la ville la plus pauvre du pays.
Intel était donc loin d’imaginer que l’ouverture de sa nouvelle usine de Jérusalem, située dans une zone high-tech qui n’abrite aucun logement, provoquerait un tel tollé. Pourtant, des hommes en noir ont manifesté durant le shabbat, ce qui semble paradoxal, et certains ont saccagé la synagogue de l’entreprise et des livres de prières qui s’y trouvaient. Le ministre de l’Industrie, Benyamin Ben Eliezer, a vertement condamné ces actions violentes.
Depuis des négociations sont en cours avec les courants ultra-orthodoxes majoritaires favorables à une solution mais elles n’ont pas encore abouti. De nouvelles manifestations, plus calmes, ont eu lieu depuis. Une contre-manif avait par ailleurs été programmée par le « Forum pour la liberté de Jérusalem ». Mais Intel, soucieuse de ne pas envenimer la situation, a demandé à l’association d’y renoncer.
Ces religieux radicaux, minoritaires au sein du monde religieux, avaient manifesté cet été, contre l’ouverture d’un parking à proximité de la vieille ville. Un combat qu’ils ont, pour le moment, perdu face au maire, Nir Barkat. Ce dernier, ancien homme d’affaires qui a fait fortune dans la high-tech, est plus décidé que jamais à ne céder à aucune de ces intimidations.
Source : Paru dans Les Echos, 3 décembre 2009
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