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Entretien avec Shimon Pérès, Président d’Israël

« La meilleure saison depuis 2000 ans » dans les relations entre le judaïsme et le christianisme

par Catherine Dupeyron

Le Président israélien Shimon Pérès a accordé mercredi matin un entretien à six journalistes de la presse étrangère dans le cadre du pèlerinage du pape en Terre Sainte - Catherine Dupeyron, collaboratrice du Parisien- Aujourd’hui en France, et fondatrice de Jérusalem & Religions était présente. C’était pour le Président Pérès l’occasion de tirer les enseignements de cette visite qu’il examine dans une perspective historique. Il prend ainsi ses distances par rapport aux réactions de nombres d’Israéliens, simples citoyens ou responsables, à l’égard du discours du pape que le pape a fait au mémorial de la Shoah lundi et qui a laissé chez beaucoup de juifs un goût amer.

- Nombres d’Israéliens estiment que l’intervention du pape au mémorial de la Shoah était « décevante », qu’il a manqué des mots, des gestes, qu’il a raté un « rendez-vous historique » avec les juifs ?
Les mots et les gestes ne sont pas si importants, ce n’est pas cela qui compte. L’essentiel c’est la perspective historique. La visite du pape relève plus des livres d’histoire que des journaux. Or, le pape est allé au grand Rabbinat, il s’est rendu au Mur (des Lamentations) et il est venu à la Résidence du Président de l’Etat d’Israël.
Si j’observe l’histoire des relations entre le christianisme, le catholicisme et le judaïsme depuis 2000 ans nous sommes aujourd’hui à la meilleure saison. Je ne dirais pas que tout est parfait, cela ne peut pas l’être mais c’est la meilleure saison que nous ayons jamais connue.

- Avez-vous évoqué la question des propriétés de l’Eglise lors de votre entretien avec le pape ?
J’ai lu les histoires publiées à ce sujet dans la presse, elles sont sans aucun fondement. Soyons précis. Il existe six emplacements en Israël qui sont des propriétés du Vatican, par exemple le bâtiment sur le Mont Tabor. Le Vatican nous a demandé la garantie que nous ne confisquerions pas leurs terres. Le conseiller juridique a dit oui. J’ai dit, en principe oui à moins qu’il y ait des besoins d’infrastructures publiques comme par exemple l’installation de lignes électriques.

- Vous avez été mal cité par les journalistes ?
Non je n’ai pas été mal cité, c’est une pure invention ! Je ne sais même pas d’où ils ont sorti cette histoire. Ce matin encore j’ai lu dans la presse que l’Eglise avait demandé six montagnes !

- Le pape a parlé de Jérusalem ville de la paix et le Patriarche Latin de Jérusalem a souligné l’agonie du peuple palestinien dans la ville. Qu’en pensez-vous ?
Tout le monde peut circuler et prier à sa guise à Jérusalem. Si le pape parle de ville ouverte du point de vue religieux, alors oui bien sûr tous les pèlerins peuvent venir et prier. Nous n’allons pendre le contrôle ni des mosquées ni des églises et les Arabes ne vont pas prendre le contrôle du Mur (des Lamentations). Mais si pour lui, ville ouverte implique un partage de chaque rue en trois souverainetés, dans ce cas nous avons un problème.

- Le Pape a fait référence à plusieurs reprises à la création d’un Etat palestinien. Qu’en pensez-vous ?
C’est légitime. Les Israéliens aussi acceptent cette idée comme le dernier gouvernement israélien l’avait aussi accepté. Quant à l’actuel gouvernement il a indiqué qu’il était lié par les engagements des précédents gouvernements.

- Et si le pape tient ses mêmes propos à Bethléem, est-ce que cela est toujours acceptable ?
Peu importe d’où il le dit. Cela n’a rien de surprenant. Nous connaissons ses positions comme nous connaissons celles du Président des Etats-Unis. Nous pouvons avoir un débat mais nous ne pouvons pas considérer que ces propos sont dirigés contre qui que ce soit.

- Le mois prochain, le Président Obama doit s’adresser au monde arabe. Qu’en attendez-vous ?
Je ferais sans doute le même discours. Nous ne considérons pas l’Islam comme notre ennemi. Ce que nous considérons comme un danger c’est le fanatisme. Mais l’Islam n’est pas notre ennemi, les musulmans ne sont pas nos ennemis, les Arabes ne sont pas nos ennemis, les chrétiens ne sont pas nos ennemis. Aujourd’hui, la démocratie n’est pas seulement le droit à l’égalité c’est aussi le droit à être différent.
Il y a aujourd’hui une certaine confusion à propos de Dieu. Des gens tentent de faire de Dieu le chef des terroristes. Presque tous les terroristes parlent au nom de Dieu de telle sorte qu’aujourd’hui il existe deux Dieux, celui du terrorisme et celui de la paix.

Pour les questions plus politiques de cet entretien voir le Parisien (http://www.leparisien.fr/internatio...)

vendredi 15 mai 2009

 


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